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Kino Digital : Cinéma nordique
Ici, on vous invite à survoler en quelques pages les notules "critiques" présentes sur certains tests dvd de la rubrique "Cinéma nordique" de Kino Digital. Les films — inédits en France — sont classés par années de sortie. Dans une même année, le classement est fait par ordre alphabétique de titres originaux. Vous trouverez essentiellement des films suédois, mais aussi quelques titres norvégiens, danois, islandais et finlandais. Bien sûr, les avis exprimés ici n'engagent que le ouebmestre du site.
 
Suède - les années 1960
Pojken i trädet / Le garçon dans l'arbre (Arne Sucksdorff, 1961)
Göte, environ 16 ans, fait les quatre cents coups avec Max et Manne, deux voyous un peu plus âgés. Ils parcourent les routes nuitamment dans des voitures volées et s'amusent à abattre au fusil à lunettes des chevreuils dont ils vont ensuite revendre la viande. Un soir, ils sont repérés par un garde-chasse. Ils parviennent à s'enfuir mais s'aperçoivent peu après qu'ils ont laissé une douille sur le lieu de leur dernier exploit. Pour qu'on ne puisse pas remonter jusqu'à eux, Max charge Göte d'aller la retrouver. Le jeune garçon y passe la nuit, mais ne trouve rien. Le lendemain, pensant qu'il a été dénoncé par sa soeur Marie, il décide de ne pas rentrer chez ses parents, il s'enfuit dans la forêt, récupère le fusil, les cartouches — cachés dans un tronc d'arbre creux — et disparaît...

Quand le jeune garçon se met à chasser, à pêcher, à ramasser des oeufs dans les hautes herbes et à se réfugier dans les arbres, on se met à penser au personnage de Lebrac dans "La Guerre des Boutons" (1962). Mais là s'arrête la comparaison. Göte, qui est issu d'un milieu plutôt favorisé, n'est pas à proprement parler un enfant rebelle, il n'est pas maltraîté, il est juste mal dans sa peau, il se cherche... Sur ce sujet mille fois traité ailleurs, Arne Sucksdorff nous propose un oeuvre intéressante, joliment mise en image par Gunnar Fischer (directeur de la photographie de la plupart des Bergman "première période") et étonnamment mise en musique par Quincy Jones. Autour de Tomas Bolme, Heinz Hopz (Max) dégage une violence convaincante, et Birgitta Pettersson ("Le Visage", "La Source") promène son joli minois avec une douceur angélique. Incidemment, c'était le dernier "vrai" film de sa courte carrière cinématographique.

 
En nolla för mycket / Un zéro de trop (Börje Nyberg, 1962)
A Stockholm, en 1961, Pontus Blom est un modeste employé dans une entreprise de vente de fil de fer et de grillage. Un beau jour, suite à une erreur d'imprimerie, la presse annonce à son insu qu'il fait partie des plus gros contribuables suédois de l'année. Du jour au lendemain, les gens de son entourage se mettent à changer d'attitude et il va de surprise en surprise...

On tient là un de ces nanars dont le cinéma de papa avait le secret. On comprend qu'il n'ait guère enthousiasmé les critiques à l'époque de sa sortie, mais, aujourd'hui, la patine du temps lui confère une petite plus-value, un petit charme rétro. Par certains côtés, l'histoire vécue par Pontus Blom — dans une Suède où la jeunesse se déhanchait sur des airs de twist et où l'on entrait dans les glorieuses sixties à grands coups de pelleteuses — rappelle celle de Marcel Perrignon dans "La belle américaine" (Robert Dhéry, 1961). Il arrive même à Birgitta Andersson d'avoir des airs de Colette Brosset. Côté humour, on pratique à la fois le comique de répétition et les bruitages à la Jacques Tati. Enfin, le film est aussi un prétexte à mettre en avant la chanteuse populaire Lill-Babs qui avait représenté la Suède à l'Eurovision en 1961 (et qui a interprété en suédois ce que beaucoup d'artistes yé-yé chantaient en France à la même époque). Ainsi, pendant les 105 minutes que dure le film, on entend trois chansons : "För länge sen", "Nära" et "Vid Volgas strand". A l'époque, certains critiques ont trouvé que la jeune femme manquait singulièrement de naturel, mais, avec le recul, ces sarcasmes paraissent bien excessifs.
 
Vita frun / La dame blanche (Arne Mattsson, 1962)
Un soir, Eva von Schöffer (Gio Petré) se noie volontairement dans un marais. On comprend peu après les raisons de ce suicide : désespérée par les dispositions testamentaires de son beau-père récemment décédé, elle n'a pas supporté l'idée de devoir tout abandonner à sa marâtre Helen (Anita Björk) et à sa fille Agneta (Elisabeth Odén)... Mais voilà que l'on se met bientôt à trembler dans la petite ville : on entend des plaintes déchirantes dans la nuit, on croit apercevoir une dame blanche, il se produit au château une succession d'événements étranges... Au bout de 49 minutes, le capitaine John Hillman arrive avec armes et bagages et, secondé par son compère Freddy Sjöström, il entame une nouvelle enquête...

Comme il est d'usage dans la série des Hillman, ce drame mâtiné de fantastique alterne les moments de tension ou de mystère avec des séquences plus légères à l'humour "bon enfant" (ces dernières étant confiées à Nils Hallberg). Du reste, à une ou deux exceptions près, le film n'est jamais vraiment angoissant (mais le temps a fait son ouvrage). Enfin, il est clair qu'une fois le mystère éventé, on est bien embêté : on se dit qu'il faudra laisser passer un moment avant de penser à un revisionnage... Cela étant dit, les connaisseurs, auront plaisir à retrouver Anita Björk (dix ans après 'L'attente de femmes" ; elle est ici coiffée à la diable et pas vraiment à son avantage), Sif Ruud (qui tourna neuf fois pour Bergman), et les sympathiques Margit Carlqvist (Vers la joie, Sourire d'une nuit d'été), Elisabeth Odén (qui aura un petit rôle dans "La voiture jaune") et Elisabet Falk.

 
Den gula bilen / La voiture jaune (Arne Mattsson, 1963)
Un attentat dans une principauté imaginaire, un film qu'il faut faire sortir du pays, un meurtre dans un autocar suédois... et voilà le capitaine John Hillman qui se lance dans l'aventure en compagnie du fidèle Freddy Sjöström et de l'intrépide Kerstin Björk (sorte de Tintin au féminin ; au début du film à tout le moins)...

Tourné en 1963, à une époque où l'on roulait encore à gauche sur les routes suédoises, ce film fait penser à un épisode noir & blanc de "Chapeau Melon & Bottes de cuir" qui durerait 1h30 (on y gagne en longueur, mais on y perd en rythme). C'est un thriller bon enfant, saupoudré d'un peu d'humour, où les héros foncent bille en tête et affrontent les méchants avec une crâne assurance. En voyant le dénouement rocambolesque, on comprend même où le réalisateur Jan De Bont est allé pêcher son idée de scénario pour le film "Speed" !
 
Käre John / Cher John (Lars-Magnus Lindgren, 1964)
Sur la côte sud-ouest de la Suède, au début des années 60, le patron marin John Berndtsson croise la route d'Anita, une mère célibataire. Ils se regardent, se flairent et finissent par tomber dans les bras l'un de l'autre. Pour le meilleur ? Pour le pire ? C'est ce que le réalisateur nous invite à découvrir...

Ce film intimiste a surtout de l'intérêt si on le replace dans le contexte de sa sortie (dans "Käre John", on entend du twist à la radio, on parle des Hootenannies, des Beatles). Sur le fond — d'abord — on y aborde assez librement les thèmes des rapports amoureux et de la famille recomposée ; choses qu'on traitait encore avec une certaine retenue dans les films du continent ("continent" par opposition à la "péninsule" sur laquelle se trouve la Suède). Sur la forme — ensuite — on a là une oeuvre qui se démarque assez de ce qui se faisait sur le plan narratif dans le cinéma populaire d'alors. Ici, la chronologie n'est pas linéaire : on va, on vient dans le temps... on pratique la mise en abyme. Il y a aussi un côté "Nouvelle vague" dans la façon de gérer les éclairages. S'il fait nuit, si on n'y voit pas grand chose, eh bien, on tourne quand même. Enfin, côté interprétation, les comédiens servent avec naturel des dialogues dépourvus de théâtralité ; on est vraiment dans l'intimité de monsieur et madame "tout le monde"...
 
Älskande par / Les amoureux (Mai Zetterling, 1964)
Dans un hôpital de Stockholm, en 1914, Agda (Harriet Andersson), Adèle (Gunnel Lindblom) et Angela (Gio Petré) sont sur le point d'accoucher. En attendant leur délivrance, elles se remémorent des moments de leur enfance et de leur vie amoureuse...

Avec ce premier long métrage (qui est une adaptation des "Demoiselles von Pahlen" d'Agnes von Krusenstjerna), Mai Zetterling nous livre une réflexion sur le rapport des femmes à l'amour, à la sexualité, au mariage. En résumé, Cupidon en prend sacrément pour son grade : à quoi bon aimer ? la vie est trop longue pour être tout le temps malheureux ; le mariage est comme la guerre, il apprend aux gens à se haïr ; il n'y a pas d'amour, seulement des lits, de la saleté et de la pourriture... Quatre ans avant son film "Les filles", la réalisatrice montre également du doigt la condescendance des hommes, leur muflerie, leur brutalité et leur hypocrisie. Elle se permet aussi quelques audaces qui — en 1964 — ont dû en décoiffer plus d'un. Sur un plan formel, une bonne partie du film pourra faire songer à "Sourires d'une nuit d'été" (1955) — d'autant qu'on retrouve ici la plupart des comédiens ayant participé au film de Bergman — mais en plus "brouillon" et un poil plus long. Enfin, quelle distribution : aux côtés d'Harriet Andersson, Gunnel Lindblom et Gio Petré, on retrouve également Anita Björk, Gunnar Björnstrand, Eva Dahlbeck, Margit Carlqvist, Åke Grönberg, Bengt Brunskog et... Sven Nykvist à la photo ! Autrement dit, tout le gratin du cinéma suédois de l'époque !
 
Att angöra en brygga / De l'art de faire escale (Tage Danielsson, 1965)
Sur un îlot isolé au large de Stockholm, Berit, Lennart et Inez attendent l'arrivée du petit voilier sur lequel se trouvent Kalle (époux de Berit), Mona (épouse de Lennart), l'ami Walter et le directeur Olsson... Tout ce petit monde s'apprête à passer une bonne soirée de fin d'été à la suédoise, autrement dit : manger des écrevisses tout en buvant allègrement. Seulement voilà : Kalle est un piètre navigateur et l'accostage prend vite des allures de "mission impossible" !

L'humour, c'est comme le camembert : cela ne supporte pas forcément les voyages. Pour faire court, ce film aux prétentions "burlesques" est assez épouvantable (au travers des yeux d'un spectateur français de 2008 à tout le moins). Tout y est "hénaurme" et le personnage qui déclare — à la fin du film — "Det är otroligt... det var det värsta !" ("C'est incroyable ! hallucinant !") ne croit pas si bien dire... Dans les 11 premières minutes, l'accumulation de pitreries est telle qu'on a du mal à croire qu'il puisse encore rester 1h25 de film. On regarde tout cela en écarquillant les yeux, les cheveux dressés sur la tête, en se pinçant pour le croire. L'idée même que ce spectacle — les multiples tentatives d'accostage ratées, la dégustation écoeurante des écrevisses, les engueulades, les scènes d'hystérie, les mésaventures du directeur Olsson et les délires d'un vieil insulaire bougon* — ait pu déclencher des rires dans les salles de cinéma suédoises de l'époque dépasse tout simplement l'entendement.

* on se demande si Jim Henson ne s'en est pas inspiré pour créer le personnage du cuisinier suédois dans le Muppet Show.
 
Syskonbädd 1782 / Ma soeur, mon amour (Vilgot Sjöman, 1966)
"Syskonbädd 1782" (littéralement "1782 : lit commun") ou l'histoire d'un quintette amoureux. On y voit Carl Ulrik qui aime Charlotte qui aime passionnément Jakob qui est aimé par Ebba qui est troussée par son oncle. Les amours légitimes s'y noient dans un tourbillon d'amours incestueuses et ancillaires, le tout dans une ambiance de jalousie, de culpabilité et de questionnement sur un possible châtiment divin...

Pour peu qu'on soit amateur de cinéma suédois, c'est un film emballant, assez rude (la fin fait grosse impression si l'on se replace en 1966 ; en Espagne, le film est carrément déconseillé au moins de 18 ans), joliment mis en image par le directeur de la photographie Lasse Björne (digne d'un Gunnar Fischer ou d'un Sven Nykvist). Enfin, d'un point de vue documentaire, le tableau naturaliste de la Suède de la fin du XVIIIe siècle est plein de petites touches assez dépaysantes.

 
Hugo och Josefin / Hugo et Josefin (Kjell Grede, 1967)
Quelque part en Suède, au milieu des années 1960, la petite Josefin s'ennuie. Elle est fille de pasteur, vit dans un manoir trop grand pour elle, trop éloigné de toute habitation, et elle n'a pas d'ami. La solitude lui pèse. Et puis, un jour, elle fait la connaissance d'Hugo, un garçon bohême qui devient vite son rayon de soleil dans l'existence...

Avec ce premier film, Kjell Grede s'est fait plaisir à jouer à la poupée. De fait, on y voit la petite Maria Öhman galoper (pieds nus, en petite robe arrivant souvent au ras des fesses) de gauche à droite, de droite à gauche, de loin, de près... le tout au son d'une flûte, d'un hautbois et d'un basson. C'est craquant, c'est mignon tout plein, mais... on mentirait si l'on disait que cela suffit à maintenir longtemps l'attention du spectateur. Les enjeux dramatiques sont assez limités, et, bien vite, on se retrouve dans la peau d'un spectateur qui regarderait "poliment" le film de vacances d'un voisin ou d'un ami en jetant parfois des coups d'oeil discrets à sa montre. Enfin, il n'est même pas sûr que les enfants eux-mêmes — ceux d'aujourd'hui à tout le moins — puissent y trouver leur compte. Bah ! tout cela vaut quand même un petit coup d'oeil attendri.
 
Jag är nyfiken : gul / Je suis curieuse : jaune (Vilgot Sjöman, 1967)
Ce film est assez difficile à résumer dans la mesure où il n'a pas la forme d'un récit linéaire et dans la mesure où on y pratique aussi la mise en abyme... En gros, on y voit Lena, apprentie comédienne suédoise aux moeurs libérés, se livrer — sous l'oeil de la caméra du réalisateur Vilgot Sjöman (jouant donc son propre rôle) — à diverses enquêtes d'opinion, à diverses manifestations d'orientation gauchiste tout en cherchant les voies de son épanouissement personnel...

Le drôle de film que voilà ! A la fois film, documentaire, film dans le film... on finit par y perdre son latin. Par certains aspects formels (interpellation du spectateur, insertion de messages en cours de "récit"), il fait penser à Godard (à "Masculin Féminin" par ex.), à une "BD filmée" dont les phylactères apparaîtraient parfois à l'écran... Sur près d'1h56, Lena a le temps d'évoquer la société de classes en Suède, l'égalité homme-femme, l'utilité du service militaire, la politique de résistance non violente du peuple suédois en cas d'invasion, la dictature de Franco, le sexe, le yoga, l'exode rural, le sexe, les maladies sexuellement transmissibles, les gâteaux à la crème, le sexe, les rapports père-fille, la bombe atomique... On suit une interview d'Olof Palme (alors tout jeune). On entend Martin Luther King parler de non violence. On frôle même le film interactif quand le réalisateur nous propose un jeu avec gains à la clef : qu'y a-t-il dans le gros sac noir de Lena ? Parallèlement, ou plutôt épisodiquement, la caméra suit la jeune femme — qui a un joli minois mais pas précisément la "taille mannequin" (elle le dit elle-même) — dans toutes sortes de galipettes qui en ont fait rougir plus d'un à l'époque où le film est sorti. Et l'on ne dira rien de la scène onirique qui la montre en train de se livrer à une émasculation ! Enfin, le voyage dans la Suède de la seconde moitié des années 60 est — d'un point de vue sociologico-touristique — plutôt intéressant. A vous de voir donc.
 
Kullamannen / L'homme de la colline (Leif Krantz, 1967)
Dans la seconde moitié des années 1960, dans le sud de la Suède, Kaj et son petit frère Tommy vont passer quelques jours de vacances chez leurs cousins Peter et Marianne. Pendant que les parents font un voyage en Italie, les quatre enfants se retrouvent bientôt confrontés à des événements et des personnages mystérieux...

Avec cette série, on tient une sorte de "Club des 4 et le mystère de la bague", ou, plus exactement, de "Club des 3 et demi" (comme le dit le plus jeune des enfants). Pour tout dire, les plus de 11 ans peuvent passer leur chemin et il n'est même pas sûr que les enfants d'aujourd'hui seraient captivés par les aventures en noir & blanc de notre quartette des années 1960. Cela se regarde, bien sûr, et le réalisateur parvient à nous tenir en haleine jusqu'au dernier épisode, mais, cela reste très enfantin et parfois surjoué. C'est une "madeleine de Proust" télévisuelle pour quarantenaires suédois, et une curiosité pour les autres (incidemment, les connaisseurs seront amusés de voir Helsingborg en 1967-68 dans les épisodes 1 et 7).
 
Mördaren : en helt vanlig person / L'assassin : une personne comme les autres (Arne Mattsson, 1967)
En Suède, dans un train de nuit, une jeune femme est précipitée par la portière. Le signal d'alarme est tiré, le train s'immobilise et l'enquête commence. Qui est l'assassin : Mats, qui s'est enfui d'un hôpital psychiatrique ? Gregor, le jeune toxicomane à l'allure équivoque ? Ce col blanc amateur de pratiques sado-masochistes en compartiment-couchettes ? Le contrôleur ? Mystère...

Ici, Arne Mattsson donne en plein dans le cinéma "populo", avec un zeste d'érotisme crapuleux (deux trois séances olé-olé, avec tripotages divers, poitrine en liberté et apparition de triangle pubien). Cela commence par la présentation d'un petit nombre de passagers (petit concentré de société), puis l'on se retrouve plongé dans une sorte de "Crime de l'Orient Express", mais, avouons-le, en moins captivant. Seule la fin — qu'on croit un moment complètement bâclée — parvient à réserver une petite surprise.
 
Flickorna / Les filles (Mai Zetterling, 1968)
Dans une troupe de théâtre qui joue "Lysistrata", d'Aristophane, Liz, Marianne et Gunilla se livrent à une réflexion sur leur condition de femmes...

Que les choses soient claires : vous ne trouverez pas ici une histoire "classique" avec récit linéaire, mais plutôt un film militant féministe de 1968, alternant des scènes se déroulant dans la réalité et d'autres relevant de l'imaginaire, de la vie fantasmée (ces dernières se caractérisant par un noir & blanc très contrasté, aux blancs brûlés — peut-être parce que le film ne doit pas seulement être "une chose agréable à regarder"). Le message est assez simple et les personnages annoncent la couleur dès les cinq premières minutes : il est difficile pour les femmes de s'affranchir de la tyrannie des maris, des enfants, de la société de consommation ; il leur suffirait de s'unir pour changer le monde... Après quoi, on a droit à plusieurs tableaux dénonçant l'hypocrisie bourgeoise, la condescendance des hommes, leur muflerie, leur propension à tuer, trahir, tricher, exploiter, détruire, à profiter de — on cite — l'ignorance des femmes, de leur paresse, de leur nature craintive, de leur conservatisme... Sur le fond et sur la forme, le spectacle est assez caricatural et profondément daté (il peut même prêter à sourire par son côté "théâtre militant entre copines" un peu à l'image du happening en usine qu'on voit dans "Mes meilleurs copains" de Jean-Marie Poiré — "Révolutioooon !..."). Il vaut surtout par sa nature de document "sociologico-historique" et nous permet de retrouver avec plaisir une partie des comédiens de la bande à Bergman : Bibi Andersson, Harriet Andersson, Gunnel Lindblom, Gunnar Björnstrand, Erland Josephson.
 
Jag är nyfiken : blå / Je suis curieuse : bleu (Vilgot Sjöman, 1968)
Ce film est tout aussi difficile à résumer que l'opus précédent (Jag är nyfiken : gul). Il n'y a pas plus de récit linéaire et on y pratique plus que jamais la mise en abyme... En gros, donc, on y retrouve Lena, apprentie comédienne suédoise de 22 ans, et on la voit se livrer — sous l'oeil de la caméra du réalisateur Vilgot Sjöman (jouant son propre rôle) — à diverses enquêtes d'opinion, à diverses manifestations d'orientation gauchiste tout en cherchant les voies de son épanouissement personnel...

Au premier abord, on pourrait penser qu'on tient-là une sorte de "making-of" de "Jag är nyfiken : gul" (car on voit des bouts d'essai des comédiens, on voit l'équipe regarder son propre film...), mais c'est plus compliqué que ça : il s'agit à la fois d'une suite et d'une vision alternative du premier film (on se replonge dans la génèse de certaines scènes du premier film). Lena poursuit ses investigations, dans un joyeux désordre, en se laissant parfois aller à quelques redites. L'éducation sexuelle, l'orgasme au féminin, le saphisme, la méritocratie, la société de classe, le conformisme religieux, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la résistance non-violente en cas d'invasion, les impôts, la morale chrétienne, la contraception, la prison, les rapports filles/garçons, les rapports filles/mères, l'impérialisme américain, la gynécologie, les MST... On a droit également à une séquence "courrier des spectateurs" (où la pauvre jeune femme paie chèrement sa liberté de moeurs) et à deux trois séquences chantées. Si l'ensemble est toujours aussi singulier, on ajoutera que l'ambiance générale est plus sereine, sans scènes d'hystérie comme dans le film précédent.
 
Bokhandlaren som slutade bada / Le libraire qui cessa de se baigner (Jarl Kulle, 1969)
Au début du siècle dernier, dans un petit bourg suédois, cinq compagnons aiment à se réunir tous les dimanches pour se baigner dans la rivière et pour discuter. L'un d'eux, le paisible Jacob, mène une petite vie rangée de libraire que rien ne semble devoir troubler. Mais voilà qu'un jour, la soeur de son voisin s'en revient après un long séjour à l'étranger. Une idylle ne tarde pas à voir le jour, puis un mariage, puis...

Oh la vilaine histoire que voilà ! Cela commence comme "Un dimanche à la campagne" et, brusquement, le vin se fait vinaigre et l'on se retrouve devant une sorte d' "Affreux, sales et méchants" à la suédoise, ou, plus exactement : "Affreuse, sale et méchante" (mais en écrivant cela, on en dévoile déjà trop). Cela dit, ne vous attendez pas à monts et merveilles. Réalisé sans éclat particulier par le comédien Jarl Kulle (qu'on a souvent vu chez Bergman), le spectacle n'est pas ce qu'on peut appeler une "grande" et "belle" oeuvre. Cela respire le "téléfilm avant l'heure" et cela manque de ce on-ne-sait-quoi qui aurait pu en faire une comédie grinçante jubilatoire. On regarde le tout poliment, en jetant de temps en temps un coup d'oeil à sa montre, et l'on attend de voir jusqu'où ira cette descente aux enfers du malheureux couple...
 
Kråkguldet / Le trésor des corneilles (Leif Krantz, 1969)
A la fin des années 1960, dans le centre de la Suède, le jeune Staffan trouve une pépite d'or dans la neige non loin d'une mine désaffectée. Pensant qu'elle appartient à un trésor légendaire dont lui a parlé son grand-père — le trésor d'Erik le Vif — il se hâte de la cacher pour ne pas exciter les convoitises ; peine perdue : la précieuse trouvaille est volée au bout de quelques heures. Une enquête haletante commence alors pour la retrouver et démasquer le ou les voleurs...

Après Kullamannen (1967), Leif Krantz a remis le couvercle avec cette nouvelle série pour enfants, mais en couleur cette fois. Si le public visé reste assez jeune (vers 8 / 10 ans), c'est plutôt pas mal cette fois. Il y a un bon petit suspense et, pour peu qu'on n'ait pas complètement perdu son âme d'enfant, on se laisse facilement prendre par la main pendant les 2h49 que dure le spectacle. La forme narrative est identique à celle de "Kullamannen" et chaque fin d'épisode nous maintient judicieusement en haleine (notamment à la fin du défilé de la Sainte-Lucie), un peu comme le faisait Hergé à la fin de chacune des planches de ses albums de Tintin. Que va-t-il arriver ensuite ? T-t-tsaaan ! Seule la musique déçoit vraiment. Le côté "Maxime le Forestier sous Tranxène", c'est plutôt bof... Ceux qui ont vu "Kullamannen" retrouveront ici Staffan Hallerstam et Maria Lindberg, un poil plus vieux. Enfin, on signalera aux connaisseurs que Gunnar Fischer était à la photographie !
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