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Kino Digital : Cinéma nordique
Ici, on vous invite à survoler en quelques pages les notules "critiques" présentes sur certains tests dvd de la rubrique "Cinéma nordique" de Kino Digital. Les films — inédits en France — sont classés par années de sortie. Dans une même année, le classement est fait par ordre alphabétique de titres originaux. Vous trouverez essentiellement des films suédois, mais aussi quelques titres norvégiens, danois, islandais et finlandais. Bien sûr, les avis exprimés ici n'engagent que le ouebmestre du site.
 
Suède - les années 1950
Fröken Julie / Mademoiselle Julie (Alf Sjöberg, 1951)
Julie — une fille de comte élevée dans la haine des hommes par sa mère — ne sait plus très bien où elle en est depuis que ses fiançailles ont été rompues. Par un soir de la Saint-Jean, alors que tout le monde fait la fête, elle se laisse suborner par Jean, un domestique. Lorsqu'elle retrouve la raison, elle mesure soudain les conséquences de la faute qu'elle a commise et cherche le moyen d'échapper à la colère paternelle...

Ce film est une adaptation de la pièce écrite en 1888 par August Strindberg, il a obtenu le grand prix du festival de Cannes en 1951. De fait, c'est assez réussi : Alf Sjöberg est resté fidèle au texte sans pour autant verser dans un respect stérilisant (comme l'a fait Dreyer pour "Ordet" ou "Gertrud"). On y croit. A l'écran, on a des personnages faits de chair et de sang et non des marionnettes. Côté réalisation, d'aucuns trouveront qu'il y a un petit côté cinéma "soviétique" dans ce film-là (après tout, on y évoque aussi la lutte des classes), avec une bonne quantité de gros plans, de trognes du terroir plus ou moins grimaçantes. On y trouve aussi pas mal de jeux d'ombres... Outre Anita Björk, les connaisseurs s'amuseront à retrouver Max von Sydow, dans un petit rôle de domestique (c'était a priori son deuxième film).
 
Hon dansade en sommar / Elle n'a dansé qu'un seul été (Arne Mattsson, 1951)
En Suède, au tout début des années 1950, Göran Stendal a réussi ses examens et s'en va passer l'été à la campagne chez un oncle. Là, il fait la connaissance d'une jolie fille, Kerstin, et entreprend de lui faire la cour. La jeune fille (elle a 17 ans) ne s'en laisse pas conter si facilement, mais, ce qui doit arriver arrive. Problème : tout le monde ne voit pas cette idylle d'un bon oeil...

Ce célèbre film d'Arne Mattsson (Ours d'or au festival de Berlin 1952) a fait sensation en son temps. Pensez donc, on y voyait les deux héros batifoler dans un lac, de nuit, dans le plus simple appareil. Un plan de quelques secondes nous laissait même entrevoir la poitrine juvénile d'Ulla Jacobsson ! Aujourd'hui encore, certains sites de vente continuent de le ranger dans la catégorie "films érotiques", ce qui — vous vous en doutez — est franchement exagéré, pour ne pas dire outrancier ! En réalité, il est assez injuste de réduire le film à ces quelques secondes de nudité, et son propos est tout autre. Le thème principal du scénario est celui du "conflit de générations". On y voit des jeunes en butte à l'incompréhension de leurs aînés, tentant de s'affranchir du carcan des conventions sociales et de la morale religieuse. La charge contre la religion (qui n'est bonne qu'à menacer du châtiment divin) est assez nette, mais ne va malheureusement pas jusqu'au bout. Le vrai salaud de l'histoire est le pasteur, mais aucun des personnages n'a le front de le lui dire en face... Ce film fait beaucoup penser au "Sommarlek / Jeux d'été" de Bergman (sorti lui aussi en 1951). A ceci près que l'héroïne de Bergman dit clairement "Je ne crois pas que Dieu existe... S'il existe, je le hais... et je le haïrai jusqu'à ma mort... S'il était en face de moi, je lui cracherais au visage." Chez Arne Mattsson, on est plus soft, on se contente d'un : "Si l'on était puni pour avoir été soi-même, alors la vie ne vaudrait pas d'être vécue".
 
I dur och skur / Un drôle de jumeau, Envers et contre tout (Stig Olin, 1953)
En Suède, au début des années 1950, Sid Hassler — directeur de Music Hall — est en recherche de quelque chose de nouveau. Cela tombe bien, la jeune Greta Norman — qui se sait douée pour une carrière de chanteuse de swing — tente désespérément de décrocher une audition...

Là, on ne donne que la trame principale du film. Là-dessus viennent se greffer des histoires de mari cocu (Sigge Fürst) courant après sa femme (Yvonne Lombard), de quiproquo avec un frère jumeau ornithologue (frère jumeau de Sid Hassler, le personnage est donc joué par Povel Ramel) et plusieurs sketches à prétention burlesque de Martin Ljung (qui intervient comme un cheveu sur la soupe en pilote d'avion, en tailleur, en employé de grand magasin, en plombier, en vitrier...). Le tout n'est qu'un prétexte pour permettre à Povel Ramel et à la sympathique Alice Babs Nilson d'effectuer plusieurs numéros de chant (trois fois chacun et une fois en duo). En dehors de cela, le film n'est pas d'un grand intérêt. A l'époque de sa sortie, il a pourtant connu un grand succès et a tenu l'affiche à Stockholm pendant 48 semaines d'affilée.
 
Gula Divisionen / L'escadrille jaune (Stig Olin, 1954)
En Suède, en 1954, on assiste à l'entraînement d'une escadrille de chasse et l'on voit comment les activités militaires influent sur la vie privée des pilotes...

Disons-le sans barguigner, d'un point de vue artistique, tout cela n'a pas grand intérêt. Il s'agit essentiellement d'un film institutionnel qui ne dit pas son nom, d'une production toute à la gloire de l'armée de l'air suédoise — à replacer dans son contexte de Guerre froide — entrecoupée de saynètes insipides qui font ce qu'elles peuvent pour donner un semblant d'épaisseur aux personnages et nous faire croire qu'il s'agit d'une vraie histoire de cinéma. "Voyez comme ils sont beaux, comme ils sont forts, comme ils se tiennent les coudes ; le ciel leur appartient, dormez en paix, braves gens !" Cela dit, ne soyons pas trop sévères. Avec le temps, l'aspect "documentaire de propagande" est passé au second plan et le film est devenu une curiosité. Ainsi, pour peu que l'on ne soit pas résolument allergique à l'univers militaire, on y voit des choses amusantes, ou pittoresques, à commencer par les évolutions aériennes des fameuses "barriques" volantes (SAAB J29). On y voit aussi quelques figures du cinéma suédois dans des situations qui font beaucoup penser aux films américains qui se tournaient à la même époque. Ici, Hasse Ekman et Ann-Marie Gyllenspetz sont un peu des William Holden et Grace Kelly suédois et, même si "Gula divisionen" n'a pas le souffle d'un "Bridges at Toko-ri" (Mark Robson, 1954), vu de France, en 2010, le charme "rétro" de leurs aventures invite à l'indulgence.
 
Karin Månsdotter (Alf Sjöberg, 1954)
Il s'agit d'une libre adaptation d'une pièce de Strindberg racontant la vie de Karin Månsdotter (1550-1612), fille de soldat, maîtresse du roi Erik XIV vers l'âge de 15 ans, reine de Suède à 17 ans et veuve à 26 ans...

Strindberg, Alf Sjöberg, Jarl Kulle, Ulla Jacobsson et Sven Nykvist à la photographie... n'en jetez plus ! Et pourtant, le film ne captive que moyennement. En le voyant, on se dit souvent qu'il aurait dû s'appeler "Erik XIV" tant le personnage de Karin reste longtemps au second plan. De là vient sans doute ce sentiment mitigé. D'autant qu'Erik XIV (1533-1577) — sorte de Ivan le terrible suédois qui aurait tout raté — est un anti-héros pas très passionnant. Karin finit bien sûr par sortir de l'ombre — hélas, à ce moment-là, les choses vont bien mal pour elle et la photographie se fait très sombre — mais elle peine à rattraper son handicap. Disons-le tout net : le personnage interprété par Jarl Kulle "plombe" bien l'histoire... Esthétiquement, il y a tout de même des choses (cadrages, perspectives, mouvements de caméra) qui ne laissent pas indifférent et qui pourraient intéresser les passionnés.
 
Damen i svart / La dame en noir (Arne Mattsson, 1955)
Une nuit dans les environs d'Enköping, une jeune secrétaire disparaît, victime d'une dame en noir sortie de nulle part. On parle de fantôme. Mythe ou réalité ? Le détective John Hillman, sa femme et son compère Freddy Sjöström se rendent sur place pour essayer de démêler le mystère...

On a là le premier film de la série des Hillman ; le meilleur sans doute, le plus "carré" (avec — excusez du peu — Sven Nykvist à la photographie). Tous les personnages de l'univers Hillman sont déjà là : sa femme, le bras droit Freddy (qui fait la connaissance de Sonja Svensson), l'inspecteur Öhrgren... Parmi les personnages qui leur donnent la réplique, Anita Björk, 35 ans, le cheveu court, est très à son avantage ; incidemment, elle a un petit air de Danièle Delorme dans "Voici le temps des assassins" (Julien Duvivier, 1956). Sif Ruud (neuf films avec Ingmar Bergman) est ici méconnaissable !... Côté réalisation, on nous sert toutes les recettes du genre (la musique, le chien hurlant dans la nuit, l'ombre et la lumière, la brume) et le suspens fonctionne bien. A la fin, on prie même le spectateur de ne pas révéler le dénouement. Détail amusant : les héros masculins sont montrés à plusieurs reprises en train d'accomplir des tâches qui, à l'époque, en France, étaient largement dévolues aux femmes (on les voit faire la cuisine, étendre le linge...) ; pas de doute, "La dame en noir" est bien un film suédois !
 
Danssalongen / Dancing (Börje Larsson, 1955)
A Stockholm, au milieu des années 1950, la jeune chanteuse Sonja Gren fait les beaux soirs d'une boîte de nuit en vogue. Viktor, le patron, lui tourne évidemment autour, au grand dam de son épouse Ria qui en devient malade de jalousie. Mais voilà qu'un soir, l'ex de Sonja — un voyou tout juste sorti de prison — refait surface. A n'en pas douter, cela va bientôt sentir la poudre...

Que dire ? si ce n'est "bof, bof, bof"... Si l'on fait abstraction des problèmes de transfert vidéo (qui empêchent de profiter réellement du film), il faut bien avouer que tout cela n'est pas très emballant. Pour un spectateur français d'aujourd'hui, on ne peut pas dire que le couple formé par Elof Ahrle (Viktor) et Sonja Wigert (Ria) soit très charismatique. Par ailleurs, le choix de la chanteuse Sonya Hedenbratt pour le doublage de Gunvor Pontén est plutôt malheureux (le timbre de voix n'est pas très beau). Enfin, Lars Ekborg — qui tournait deux ans plus tôt dans "Monika" — fait parfois sourire dans son rôle de gouape-qui-va-faire-un-malheur. Que reste-t-il ? La peinture d'une certaine jeunesse stockholmoise au milieu des années 1950, un spectacle sans doute destinée à faire frissonner le bourgeois d'alors (dix ans plus tôt, Alice Babs Nilsson avait déjà fait scandale avec ses adorables comédies à la gloire du swing). Des danses de sauvages, une libido débridée, de la violence, un zeste de toxicomanie... terrible ma bonne dame !
 
Främlingen från skyn / L'étranger tombé du ciel (Rolf Husberg, 1956)
Au début des années 1950, quelque part en Suède, la jeune Lo s'ennuie dans son patelin perdu dans la forêt. Lorsqu'elle n'aide pas sa tante à tenir l'épicerie / droguerie du coin, elle traîne, guette les arrivées des trains, espionne le voisinage, et, surtout, s'invente un tas d'aventures extraordinaires qu'elle tente ensuite de faire gober à tous ceux qui veulent bien lui prêter une oreille attentive. Mais voilà qu'un jour, un petit avion s'écrase dans les parages et qu'on en extrait deux hommes ayant visiblement fui leur pays. L'occasion d'échapper un moment à la routine étant trop belle, Lo ne fait ni une ni deux, elle enfourche son vélo et file en direction du lieu du crash. Ce qu'elle ignore, c'est que cette petite virée va l'entraîner beaucoup plus loin que prévu...

Ce petit film d'une heure et dix-neuf minutes est sympathique comme tout. C'est un mélange de comédie britannique des années 50 et de thriller américain (avec de beaux éclairages de film noir dans la dernière partie). Marianne Bengtsson — qui avait 19 ans et qui fit seulement huit films de 1955 à 1959 — nous sert ici une variation au féminin de l'histoire du garçon qui criait "au loup". Face à elle, le mystérieux Günther Hüttmann fait souvent penser aux personnages de tueurs interprétés par Richard Widmark. On mentirait si l'on disait que le suspense est insoutenable, mais l'ensemble est habilement fait et remplit parfaitement son contrat de série B. On regrettera simplement que la musique de Gösta Theselius — qui n'est pas mal du tout — n'ait pas été mise davantage à contribution.
 
Moln över Hellesta / Nuages sur Hellesta (Rolf Husberg, 1956)
Margareta Snellman — directrice de collection dans une maison de couture — est fiancée au jeune comte Carl Anckarberg qui a décidé de la présenter à sa famille. Ils quittent Stockholm et se rendent au manoir familial à Hellesta. Là, dans un cadre idyllique, ils sont chaleureusement accueillis par la mère, la soeur, une tante... Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si — peu avant le départ — la jeune femme n'avait pas entendu parler de la disparition tragique de Gunvor Johansson, ancienne fiancée de Carl, et si — peu de temps après son arrivée — toute la famille ne s'était mise à lui parler d'une ancêtre qui hantait le manoir. Après avoir passé une nuit quelque peu perturbée, Margareta, intriguée, se met à fureter, à écouter, puis se met en tête de découvrir ce qui est arrivé à Gunvor...

Disons-le d'emblée, on a ici une aventure rondement menée, joliment photographiée (il y a un beau travail sur l'ombre et la lumière), avec une Anita Björk rayonnante, et, last but not least, un bon suspense. Et pourtant, lorsque le mot fin apparaît à l'écran, on ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine frustration. De fait, si tous les ingrédients étaient réunis pour faire un film de manoir hanté efficace, Rolf Husberg s'est contenté de rester entre deux eaux et n'a pas su — ou n'a pas voulu — exploiter tous les aspects fantastiques du scénario (ce qui fit dire à certains critiques suédois — à l'époque de la sortie — que le film était comme "un âne qui hésitait entre deux tas de foin"). Par ailleurs, le dénouement de l'histoire — sans être invraisemblable — n'est pas amené de la façon la plus subtile qui soit et demande un certain effort d'acceptation de la part du spectateur. Quoi qu'il en soit, si le film est loin d'être un "rendez-vous avec la peur", on a ici une tentative de thriller à la suédoise intéressante et un spectacle bien divertissant.
 
Swing it, Fröken ! / Mademoiselle Swing et son élève (Stig Olin, 1956)
Au milieu des années 1950, Alice Lind entre comme professeur d'Anglais dans un établissement dirigé par Alma Stålberg, une directrice rigide, aux idées bien arrêtées sur les bonnes façons d'enseigner. En attendant de trouver un logement, elle prend une chambre chez les Nilsson où elle fait la connaissance de Sigge, un jeune garçon bien plus motivé par la trompette et le swing que par l'école. Ni une ni deux, la jeune femme décide de ramener son élève à de meilleurs sentiments pour les études...

Ce 15ème film d'Alice Babs — âgée alors de 32 ans — reprend bien des éléments de son premier grand succès "Swing it, magistern !" (1940) : l'établissement scolaire, la directrice psychorigide, le swing, le conflit de génération... à ceci près qu'ici, la chanteuse / comédienne est passée dans le camp des enseignants. Sur le plan formel, le film fleure bon l'Amérique des années 50, dès les premières notes du grand orchestre swing dirigé par Bengt Hallberg. Bien sûr, au-delà des histoires de conflits pédagogiques, d'amours adolescentes et de vague à l'âme de jeune femme célibataire, la motivation principale du film est de faire entendre quelques nouvelles chansons aux spectateurs. Ainsi, en 96 minutes de film, on entend "Lasses melodi" (un instrumental accompagné par des onomatopées du genre "tudududu-du tudududu-du"), "Plugget" (plutôt pas mal), "Verbvisan" (une chanson en anglais pour apprendre les verbes irréguliers), "Spagettivisan" (assez affreuse), "Det är inte sant" (une ballade), et "Du och jag" (adaptation de "I'm for You, You're for Me", vraiment très bien, la meilleure chanson du film !). Côté comédiens on signalera la présence de Hjördis Petterson (réellement détestable dans son rôle de proviseur et nettement moins drôle que la Viran Rydkvist des années 40), Pia Skoglund (bien jolie) et Christina Schollin (bien joufflue). Sif Ruud — souvent vue chez Bergman — est également présente dans le rôle de la mère de Sigge.
 
Mannekäng i rött / Le mannequin en rouge (Arne Mattsson, 1958)
Une maison de haute-couture dirigée par un vieux chameau se déplaçant en chaise roulante (Lillebil Ibsen), une nièce aux dents longues (Gio Petré), un fils adoptif aux ambitions contrariées (Bengt Brunskog), un mannequin assassiné... et voilà John Hillman qui mène à nouveau l'enquête, épaulé par son épouse Kajsa et secondé par son compère Freddy Sjöström (qui, sur cet épisode, passe le plus clair de son temps à faire des grimaces, à bafouiller et à se faire remonter les bretelles par son amie Sonja Svensson). Les disparitions tragiques se succèdent et l'on passe près d'1h45 à essayer de deviner qui tire les ficelles...

Ici, comme dans "La voiture jaune" (1963), on pense immanquablement à un épisode de "Chapeau melon & bottes de cuir", mais en couleurs cette fois. Il y règne la même atmosphère de mystère, l'ambiance musicale y est très comparable. Dans la scène de l'enterrement, superbement photographiée (à partir de 1h23'40), on s'attend presque à voir John Steed sortir de derrière une stèle funéraire ! Bien sûr, une fois le pot aux roses découvert, on est bien embêté, on se dit encore une fois qu'il faudra laisser passer un moment avant de penser à un revisionnage... Cela dit, il est toujours possible de se rabattre sur l'aspect "haute couture" de l'histoire et sur toutes les charmantes demoiselles vêtues de jolie robes années 50 !
 
Musik ombord / Musique à bord (Sven Lindberg, 1958)
vers la fin des années 1950, en Suède, Rolf et Ulla Wickström coulent des jours heureux avec leurs deux enfants, leur chat, leurs chiots, leur perroquet et quelques souris. Autrefois, Rolf était maître timonier, Ulla était chanteuse à succès, mais chacun a tourné la page pour se consacrer exclusivement au bonheur du foyer. Rien ne semble devoir troubler cette idylle quand de nouveaux voisins font leur apparition. Il s'agit de musiciens danois — Hansen et Jensen — qui, sous des dehors sympathiques et innocents, sont venus s'installer là dans le but secret d'amener Ulla à remonter sur scène. Arriveront-ils à leurs fins ?

On s'en doute, ce 16ème et avant-dernier film d'Alice Babs — qui avait 34 ans — n'a pas d'autre objet que de permettre à la "mademoiselle swing" de 1940 de nous interpréter quelques chansons, et l'histoire de la machination d'Hansen & Jensen n'est qu'accessoire. Ainsi, pendant les 96 minutes de spectacle, on nous sert 14 intermèdes musicaux : de vraies chansons, des extraits de chansons ou des instrumentaux. Pour le reste, on baigne en plein dans les années 50 "à l'américaine". Les femmes portent des robes ou des jupes corolles, elles servent le petit déjeuner au lit à leur cher et tendre, s'occupent évidemment des enfants, et passent une bonne partie de leur temps à chasser la poussière, à faire du tricot et à surveiller les fourneaux. Les hommes, tout en costume cravate, vont passer la journée au bureau, regagnent le bercail en fin d'après-midi et attendent que le dîner soit servi en lisant le journal (une véritable vision d'horreur pour féministes). Lorsque le film est sorti sur les écrans, les critiques ont été plutôt bienveillants. Il s'est quand même trouvé des plumes pour dire que ce divertissement aurait gagné à être moins "sucré" et un peu plus "salé". On a aussi émis des réserves sur son contenu musical. Et il faut bien avouer que le programme n'est pas très emballant. En dehors d'un air de calypso interprété en duo avec le comédien allemand Paul Kuhn ("Vi tar det bästa porslinet"), d'un quatuor a capella ("Ut i naturen") et d'une séance de jitterbug, difficile de ne pas faire la moue. En bref, on tient là un divertissement familial ensoleillé, mais assez anodin, et l'on en sort avec le sentiment que la formule — celle du film musical estampillé "Alice Babs" — est en bout de course... Incidemment, côté distribution, on signalera la présence de Lena Granhagen — dans le rôle de la soeur brune d'Ulla Wickström — qui reprit tout de suite après ce film son rôle de Sonja Svensson — blonde, elle — dans le second opus de la série des "Hillman" (Arne Mattsson, 1958-1963). Enfin, dans le rôle de la fille du couple Wickström, c'est une Lena Nyman âgée de 14 ans que l'on peut apercevoir. Elle en était alors à son troisième film et, on s'en doute, était encore bien loin de son personnage de "Je suis curieuse" (Vilgot Sjöman, 1967-1968).
 
Nära livet / Au seuil de la vie (Ingmar Bergman, 1958)
En Suède, à la fin des années 1950, trois femmes se retrouvent dans la chambre d'une maternité. Il y a Cecilia Ellius (Ingrid Thulin), qui vient de faire une fausse couche ; Stina Andersson (Eva Dahlbeck), qui est sur le point d'accoucher ; Hjördis Petterson (Bibi Andersson), qui est en convalescence après une tentative d'avortement ratée...

Ici, Ingmar Bergman nous sert une sorte de documentaire sur la maternité. Outre les trois comédiennes qui nous proposent chacune une approche différente de la grossesse (l'attente heureuse de l'enfant, son refus, sa perte), on croise également une femme qui ne parvient pas à concevoir, on voit quelques médecins effectuer leurs visites et on assiste à une séance d'allaitement... toutes choses qui, aujourd'hui, ont été vues, vues, vues et revues, que ce soit au cinéma ou à la télévision. Alors, même si le cinéaste n'oublie pas d'aborder les thèmes qui lui sont chers (le malentendu homme-femme, les rapports tendus entre parents et enfants, le sentiment de culpabilité, la cruauté de la vie...), il faut bien admettre que le film n'a vraiment d'intérêt que si l'on se replace dans le contexte de sa sortie... Cela étant dit, le plaisir de retrouver Ingrid Thulin, Bibi Andersson et Eva Dahlbeck est intact, et, même si l'on en a vu bien d'autres depuis 1958, le climax de la scène d'accouchement — interprétée par Eva Dahlbeck — arrive encore à produire son petit effet.
 
Ryttare i blått / Le cavalier bleu (Arne Mattsson, 1959)
Une école d'équitation militaire, un cheval que l'on maltraîte dans la nuit, un mystérieux cavalier bleu que l'on assassine... et voilà une nouvelle enquête qui commence pour le détective John Hillman.

Malgré les moyens mis en oeuvre, malgré le cinémascope, c'est peut-être le film le moins réussi de la série. Sans doute, d'abord, parce que ce n'est pas John Hillman qui mène l'enquête (il n'apparaît que quelques secondes), mais un peu tout le monde : sa femme Kajsa, son complice Freddy Sjöström, l'inspecteur Sune Öhrgren, le cavalier Kurt Forsberg... Par ailleurs, le scénario est un peu décousu, il s'étire, part dans un sens, dans l'autre, certains personnages de premier plan disparaissent pour réapparaître beaucoup plus tard ; on finit presque par oublier pourquoi tant de gens s'activent à l'écran. Enfin, le dénouement est carrément à l'image de la situation initiale : pas très excitant !... Alors, il semble qu'Arne Mattsson se soit surtout fait plaisir à filmer des cavaliers et des cavalières en jolis uniformes, des chevaux et des cavalcades : de gauche à droite, de droite à gauche, de loin, de près, en contre-plongée... Cela dit, Nils Hallberg est toujours là pour jouer le rigolo de service (avec la sympathique Lena Granhagen), Gio Petré joue une nouvelle fois la blonde qui a quelque chose à cacher et Bengt Brunskog le bellâtre plutôt creux. A leur côté, Mona Malm fait beaucoup penser à Elisabeth Odén et Björn Bjelfvenstam nous sert un personnage assez antipathique à des lieues du jeune garçon complexé de "Sourire d'une nuit d'été".
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