L'an
1857 et le 9e jour du mois d'octobre,
vers les cinq heures et demi du matin, nous, Angel Despouy,
maire
de la commune de Fabas, officier de police, étant
informé par le
sieur Bouy Jacques, cultivateur, habitant du dit lieu,
qu'une tentative
d'assassinat avait été commise vers les
quatre heures du matin sur
la personne du sieur Adet Joachim, habitant aussi de
Fabas,
nous sommes transporté au domicile de ce dernier
afin de constater
le corps du délit. Nous avons trouvé le
sieur Adet atteint d'un coup
de feu à la jambe droite, au-dessus du fémur,
et nageant dans
son sang. Nous l'avons interpellé pour qu'il
nous signalât
l'auteur de ce meurtre s'il lui était connu,
ou, du moins, qu'il
nous fît part de ses impressions personnelles.
Et il nous a
déclaré qu'il croyait avoir reconnu le
sieur Cyrille Daguzan,
garde particulier de Mme de Cambon, qui, à la
distance d'un
mètre environ, lui avait lâché un
coup de fusil qui l'avait
atteint à la jambe droite et blessé mortellement.
Que n'ayant
d'autre ennemi personnel avoué dans la commune
ou ailleurs,
et connaissant d'ailleurs les menaces dont il avait
été l'objet
dans diverses circonstances de la part du sieur Daguzan,
lui seul
avait été son meurtrier.
Après
avoir recueilli ces renseignements précieux,
et
l'opinion publique pesant de tout son poids sur la personne
du sieur Daguzan, [nous] nous sommes immédiatement
transporté
au domicile de ce dernier situé à Fabas,
quartier de la
Verrerie, escorté des sieurs Guillaumin Lajous,
sous-officier
dans le 12e bataillon des chasseurs à pied, 8e
compagnie, en congé semestriel ; de Hilaire Dader,
soldat au 7e régiment de hussards, 4e escadron,
en congé temporaire ; du sieur Baptiste Lafforgue,
appariteur
de la commune, qui ont bien voulu nous prêter
leur concours.
Nous avons trouvé sur la porte de la maison d'habita-
tion du sieur Daguzan les sieurs Laporte Dominique et
Dulac Bertrand, cultivateurs, habitants de Fabas, que
nous
avons interpellés pour nous dire si le sieur
Daguzan était
dans son domicile. Ils nous ont répondu qu'il
était dans son
lit. Et revêtu de nos insignes nous nous sommes
dirigés
vers le sieur Daguzan et l'avons sommé au nom
de la loi de
se lever — ce qu'il a fait. Et l'avons immédiatement
appréhen-
dé au corps en lui disant qu'il était
prévenu d'avoir commis
un meurtre sur la personne du sieur Adet Joachim, et
l'avons
aussi sommé de nous faire la remise de ses armes
à feu. Il nous
a exhibé deux fusils dont l'un était chargé,
et, en conséquence,
[nous] en avons fait la remise aux individus qui nous
escortaient. [Nous] lui
avons demandé si ces armes étaient les
seules qu'il possédait.
Il nous a répondu affirmativement. Et sans avoir
égard à sa déclaration,
nous nous sommes livrés à des perquisitions
qui n'ont
amené aucun résultat. Ces préliminaires
remplis, et attendu
que le sieur Daguzan est fortement soupçonné
d'être l'auteur
du meurtre commis, nous nous sommes assurés de
sa personne
et l'avons constitué en état d'arrestation
préventive pour être
remis à la disposition de Mr le Juge de paix
du canton, et
l'avons en conséquence fait déposer dans
une salle de la maison
commune, et l'avons mis sous la garde des sieurs Lajous
et Dader.
De
tout quoi nous avons dressé le présent
procès verbal les jour, mois
et an que dessus, [procès verbal] que nous avons
signé avec les sieurs Lafforgue,
Lajous et Dader. |