A
Fabas, après midi, à l'issue des vêpres,
au lieu où les assemblées de communauté
ont coutume de se tenir, les sieurs Blaise Souville,
Jean Dario, Blaize Dufaut, Pierre Adet, Jean Pierre
Laporte, François St-Ignan, Alexis Dangla,
Bernard Verdier, François Désirat, Jean
Duclos, Bernard Desbarats, Baptiste Laurine, Jacques
Nebout, Pierre Dader, Alexis Ducassé, Jean
Salières, Bertrand Loubière, Simon Carrère,
Joseph Mirepoix, François Cuigno, Jacques Courtiade,
François Brumas, Jérome Dario, Marc
Ferrère, Alexis Ané, Pierre Saves, Dominique
Gardère, Jean Figaro, Jean Deprats, Désirat
Ducassé et Paul Dader, soit la plus saine et
principale partie des habitants de la paroisse, se
réunissent devant Vincent Castres, juge ordinaire
du lieu, les consuls Jean Vincent Courtiade (avocat
au parlement) et François Sentignan, et le
procureur juridictionnel Antoine Dario, représentant
de la révérende dame Magdeleine de Boissière,
abbesse de Fabas.
Ce dernier rappelle à l'assemblée que
la communauté possède des fossés
d'une largeur considérable qui jouxtent le
terrain appelé « le patu » (au
nord et au sud) et celui où se trouvent la
place, l'église, le cimetière et le
château ; que les habitants de Fabas ont toujours
récuré le fossé qui borde le
château avec soin pour disposer d'un réservoir
en cas d'incendie et également d'un abreuvoir
; que huit ou neuf ans auparavant, un récurage
avait été fait jusqu'à une profondeur
de plus de 20 pans dans certains endroits et que les
eaux pluviales avait rempli le tout. Or, il se trouve
que les sieurs Souville et Loubière y avaient
jeté des alvins de tanche sans rien dire à
personne, que les poissons y avaient proliféré
et que, à la suite de fortes pluies orageuses,
on avait fini par s'apercevoir de leur présence.
Très vite, le bruit s'était répandu
que le fossé contenait des poissons d'une grosseur
peu ordinaire et des gens extérieurs à
la paroisse s'étaient mis en tête de
s'en emparer.
Aux mois de juin et juillet derniers, ces individus
s'étaient rendus de nuit au fossé, équipés
d'un tramail*, et, avec la complicité d'enfants
du village, y avaient dérobé une partie
du poisson. Le consul Jean Vincent Courtiade avait
alors proposé d'affermer les fossés
pour que la communauté en profite, et, pour
encourager les adjudicataires potentiels (jusque-là
difficiles à trouver), on avait procédé
le vendredi 29 juillet à une pêche publique
en présence de Dom Ortolanci, directeur des
dames de l'abbaye, du juge Vincent Castres, et des
sieurs Jean Dario, Blaize Dufaut et autres. Un coup
de filet avait permis de remonter 18 tanches pesant
pour la plupart de 5 à 6 livres pièce
et 3 livres pour la plus petite. Devant la beauté
de ce poisson, on avait prié Dom Ortolanci
d'en accepter quelques-uns et de les faire agréer
par l'abbesse, et on avait distribué le reste
aux autres habitants. Sur quoi, Jean Vincent Courtiade
avait suggéré de procéder à
l'adjudication du fossé et de commencer les
enchères le dimanche suivant. Malheureusement,
les individus étrangers qui étaient
déjà venus piller le fossé étaient
revenus le jour même, à la nuit tombée,
pour finir leur besogne. Le sieur Courtiade, qui les
guettait avec deux personnes, les avait surpris vers
minuit alors qu'ils encourageaient des enfants du
village à frapper l'eau avec des bouilles**
pour rabattre le poisson dans un tramail que d'autres
traînaient d'un bout à l'autre de la
pièce d'eau. Il avait tenté de les arrêter,
mais le nombre des opposants étant trop important,
il avait dû reculer et s'en aller chercher main-forte.
A son retour, bien sûr, les malfaiteurs avaient
disparu. Mais c'était sans compter sur leur
opiniâtreté car, le lendemain, les mêmes
individus avaient encouragé deux enfants de
Fabas à retourner sur les lieux et à
y pêcher publiquement. Vers l'heure de midi,
ces derniers étaient allés au fossé,
y avaient traîné leur filet dans l'eau
à plusieurs reprises et avaient proféré
des propos indécents contre l'autorité
du juge et des consuls tout en se montrant irrespectueux
vis-à-vis de l'abbesse et des dames religieuses
de l'abbaye.
Considérant : 1) que ces actes visant à
s'approprier un bien qui ne leur appartenait pas ont
été commis pour la plupart furtivement,
à des heures nocturnes, ce qui leur donne le
caractère d'un véritable larcin, 2)
que les enfants ont, dans un esprit d'émeute,
contrevenu à l'article 170 de l'ordonnance
de 1669 qui défend à tout particulier
de pêcher dans les étangs, fosses et
pêcheries communes sous peine de 30 livres d'amende
et deux mois de prison pour la première fois,
et de 100 livres d'amende et du bannissement de la
paroisse en cas de récidive ; le procureur
a prié l'assemblée de délibérer
sur ce qu'il convenait de faire. Après délibération,
l'assemblée a convenu : 1) que le projet d'adjudication
des fossés est approuvé, 2) que la pêche
publique du 29 juillet et la distribution du poisson
qui a suivi étaient légitimes, 3) qu'un
terme devait être mis aux méfaits exposés
précédemment et qu'un exemple devait
être fait. En conséquence de quoi, il
est décidé de porter plainte contre
les « auteurs » et les « fauteurs
» de troubles. Le consul Jean Vincent Courtiade
est nommé syndic et les pleins pouvoirs lui
sont donnés pour porter l'affaire devant la
justice. Il devra également aller trouver l'intendant
pour faire autoriser la présente délibération
et obtenir les fonds nécessaires au procès
(car la communauté n'a pas de moyens suffisants
pour se passer de cette aide).
Fait, lu et récité en présence
des sieurs Antoine Lamote dit Beler, résidant
à Montoussin, officier dans un régiment
de dragons, Jean-Baptiste Darné, habitant de
Labarte de Mestas et résidant en dernier lieu
à St-Pé-d'Arès, qui ont signé
avec le notaire, le juge Vincent Castres, le procureur
Antoine Dario, le consul Jean Vincent Courtiade, et
les sieurs Souville, Dario, Dufaut, Désirat,
Adet, Ducassé, Desbarat, Duclos, Laurine, Loubière.
Les autres ont déclaré ne savoir signer.