Au lieu de Martignan, dans la paroisse de Fabas, vers
les quatre heures de l'après-midi, Pierre Daran,
avocat au parlement et juge de la temporalité
de l'abbaye de Fabas, assisté du sieur Antoine
Dario, bourgeois, habitant de Fabas et faisant office
de greffier en l'absence du greffier ordinaire, déclare
qu'il s'est rendu sur le chemin traversant le quartier
du Piquadis, non loin du canal du ruisseau du Piquadis,
à la demande du sieur Antoine Caubet, procureur
fiscal de l'abbaye, pour y constater la présence
d'un cadavre qui lui a été signalée
ce même jour par Charles Figarol, consul en
exercice de Martignan.
En arrivant sur les lieux, il a trouvé un corps
étendu sur le sol, le ventre contre terre,
au bord d'un fossé rempli d'eau et situé
au nord du canal. La moitié inférieure
du corps était plongée dans l'eau, l'autre
moitié était à sec. Le visage
était tourné vers le chemin, en direction
du sud. La tête était nue, une perruque
et un chapeau gisaient à côté
d'elle. Le mort était vêtu d'une veste
et d'une culotte en cadis gris-blanc. Il portait également
une chemise de lin grossier, des guêtres en
droguet de lin et de laine noire, et des souliers.
En le fouillant, on a trouvé dans la poche
gauche de sa culotte une pièce de 24 sols,
une pièce de 2 sols, 2 petites pièces
valant chacune 6 deniers et 3 liards ; soit une somme
totale de 27 sols et 9 deniers. Dans la poche droite,
on a trouvé une quittance mouillée,
en faveur de Guilhaume Saubestre, signée "Pomian
curé", laquelle se rapportait à
des rentes obituaires pour les années 1780
et 1781. Dans une poche de la veste, on a trouvé
une tabatière en carton rouge. Elle contenait
du tabac et de l'eau. Dans l'autre poche, on a trouvé
un méchant mouchoir pour le nez et un mauvais
couteau. Autour du cou, la victime portait un tour
de col en mousseline. Dans un second temps, le juge
a cherché à voir s'il y avait des traces
de violence sur le corps, mais il n'a vu ni blessure
ni contusion, si ce n'est une ecchymose sur la partie
inférieure de la mâchoire gauche. Le
visage du mort était livide et bouffi. Les
narines bouchées de boue. Les deux mains étaient
fermées.
Une fois l'examen terminé, le juge a demandé
à son greffier d'apposer un cachet de cire
sur le front de la victime, et, à la demande
d'Antoine Caubet, il a ordonné qu'on transportât
la dépouille jusqu'à Fabas, dans le
hangar situé près de l'église,
là où les séances de justice
se tiennent habituellement. Il a aussi ordonné
que l'argent trouvé, la quittance, la perruque,
le chapeau, la tabatière et le couteau soient
déposés au greffe.
Après quoi, le corps a été ausculté
par les sieurs Jean Pierre Courtiade, âgé
de 49 ans, et Georges Courtiade, âgé
de 44 ans, tous deux maîtres en chirurgie de
Fabas. Ils n'ont trouvé aucune trace de violence
et ont conclu que l'ecchymose sur la mâchoire
était consécutive à la chute
de la victime et que la mort par noyade était
sans doute accidentelle. Le juge a également
entendu les témoignages de Jean Ané,
âgé de 70 ans, Pierre Ruffat, âgé
de 28 ans et Charles Figarol, âgé de
34 ans. Jean Ané a attesté que le corps
avait bien été trouvé dans la
juridiction de Martignan et que le mort était
probablement un certain Davezac, habitant de Lussan.
Pierre Ruffat a déclaré la même
chose. Charles Figarol, lui, a déclaré
qu'il était en train de labourer une pièce
de terre située au quartier de Goudan quand
les sieurs Sorbé (de Salerm) et Loubière
(de Fabas) étaient venus l'avertir qu'ils avaient
découvert un cadavre en se rendant de Fabas
à Lussan. Il a attesté que le corps
se trouvait bien dans la juridiction de Martignan
et a dit, lui aussi, qu'il lui semblait avoir reconnu
ledit Davezac.
Pour finir, le sieur Caubet a prié le juge
: 1) d'ordonner un complément d'enquête
sur les causes du décès ; 2) d'ordonner
au curé de Fabas d'inhumer le corps provisoirement
dans le cimetière paroissial. Le juge a accédé
à sa requête et tous les témoins
ont signé avec lui sauf Pierre Ruffat.