Fabas - 11 mars 1782
découverte d'un noyé à Martignan
Au lieu de Martignan, dans la paroisse de Fabas, vers les quatre heures de l'après-midi, Pierre Daran, avocat au parlement et juge de la temporalité de l'abbaye de Fabas, assisté du sieur Antoine Dario, bourgeois, habitant de Fabas et faisant office de greffier en l'absence du greffier ordinaire, déclare qu'il s'est rendu sur le chemin traversant le quartier du Piquadis, non loin du canal du ruisseau du Piquadis, à la demande du sieur Antoine Caubet, procureur fiscal de l'abbaye, pour y constater la présence d'un cadavre qui lui a été signalée ce même jour par Charles Figarol, consul en exercice de Martignan.

En arrivant sur les lieux, il a trouvé un corps étendu sur le sol, le ventre contre terre, au bord d'un fossé rempli d'eau et situé au nord du canal. La moitié inférieure du corps était plongée dans l'eau, l'autre moitié était à sec. Le visage était tourné vers le chemin, en direction du sud. La tête était nue, une perruque et un chapeau gisaient à côté d'elle. Le mort était vêtu d'une veste et d'une culotte en cadis gris-blanc. Il portait également une chemise de lin grossier, des guêtres en droguet de lin et de laine noire, et des souliers. En le fouillant, on a trouvé dans la poche gauche de sa culotte une pièce de 24 sols, une pièce de 2 sols, 2 petites pièces valant chacune 6 deniers et 3 liards ; soit une somme totale de 27 sols et 9 deniers. Dans la poche droite, on a trouvé une quittance mouillée, en faveur de Guilhaume Saubestre, signée "Pomian curé", laquelle se rapportait à des rentes obituaires pour les années 1780 et 1781. Dans une poche de la veste, on a trouvé une tabatière en carton rouge. Elle contenait du tabac et de l'eau. Dans l'autre poche, on a trouvé un méchant mouchoir pour le nez et un mauvais couteau. Autour du cou, la victime portait un tour de col en mousseline. Dans un second temps, le juge a cherché à voir s'il y avait des traces de violence sur le corps, mais il n'a vu ni blessure ni contusion, si ce n'est une ecchymose sur la partie inférieure de la mâchoire gauche. Le visage du mort était livide et bouffi. Les narines bouchées de boue. Les deux mains étaient fermées.

Une fois l'examen terminé, le juge a demandé à son greffier d'apposer un cachet de cire sur le front de la victime, et, à la demande d'Antoine Caubet, il a ordonné qu'on transportât la dépouille jusqu'à Fabas, dans le hangar situé près de l'église, là où les séances de justice se tiennent habituellement. Il a aussi ordonné que l'argent trouvé, la quittance, la perruque, le chapeau, la tabatière et le couteau soient déposés au greffe.

Après quoi, le corps a été ausculté par les sieurs Jean Pierre Courtiade, âgé de 49 ans, et Georges Courtiade, âgé de 44 ans, tous deux maîtres en chirurgie de Fabas. Ils n'ont trouvé aucune trace de violence et ont conclu que l'ecchymose sur la mâchoire était consécutive à la chute de la victime et que la mort par noyade était sans doute accidentelle. Le juge a également entendu les témoignages de Jean Ané, âgé de 70 ans, Pierre Ruffat, âgé de 28 ans et Charles Figarol, âgé de 34 ans. Jean Ané a attesté que le corps avait bien été trouvé dans la juridiction de Martignan et que le mort était probablement un certain Davezac, habitant de Lussan. Pierre Ruffat a déclaré la même chose. Charles Figarol, lui, a déclaré qu'il était en train de labourer une pièce de terre située au quartier de Goudan quand les sieurs Sorbé (de Salerm) et Loubière (de Fabas) étaient venus l'avertir qu'ils avaient découvert un cadavre en se rendant de Fabas à Lussan. Il a attesté que le corps se trouvait bien dans la juridiction de Martignan et a dit, lui aussi, qu'il lui semblait avoir reconnu ledit Davezac.

Pour finir, le sieur Caubet a prié le juge : 1) d'ordonner un complément d'enquête sur les causes du décès ; 2) d'ordonner au curé de Fabas d'inhumer le corps provisoirement dans le cimetière paroissial. Le juge a accédé à sa requête et tous les témoins ont signé avec lui sauf Pierre Ruffat.
(ADHG B 285 justice secondaire Fabas - 4 folios volants)

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